viernes, 4 de abril de 2008

Artículo del Le Monde: Les dilemmes de l'Occident, par Pierre Hassner

En la edición del 4 de Abril encontré este artículo del Journal Le Monde del profesor de relationes internacionales del Instituto de estudios políicos de Parisy del European Center de la Universidad Johns-Hopkins en Bologne. Dans l’edition du 4 avril du journal Le Monde, J’ai trouvé cet article du Pierre Hassner qui est professeur de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'European Center de l'université Johns-Hopkins à Bologne.

En el artículo muestra los dilemas de occidente a partir de tres casos puntuales en el derecho internacional : Tibet, Chechenia y Kosovo. L’article vise les dilemmes de l’occident dans trois cas relevants en droit international public : Tibet, Chechenia et Kosovo.

Los dejo con Hassner :



"Les gouvernements occidentaux sont, de plus en plus souvent, appelés à prendre position sur des crises et des conflits entre une nation, impériale ou postimpériale, dominante et un peuple dominé. Tous sont unanimes sur trois points qui sont autant de dilemmes. D'abord, ils se proclament attachés aux droits de l'homme et, en même temps, à la souveraineté des Etats et à la stabilité des frontières. Ensuite, ils doivent, au niveau de l'action, gérer une tension entre les principes universels, moraux ou juridiques qu'ils professent, et les intérêts, les alliances et les engagements de leurs propres Etats. Enfin, il leur est plus facile d'arbitrer en faveur des principes quand l'oppresseur n'est pas une grande puissance économique ou militaire.

Trois cas nous intéressent, à la fois par leurs similitudes et par leurs différences : ceux de la Tchétchénie, du Kosovo et du Tibet. Dans les trois cas, il s'agit de nations au statut juridique incertain et fluctuant mais à l'identité culturelle et historique et à la volonté politique affirmées, en proie à la conquête et à l'oppression de régimes nationalistes, communistes ou postcommunistes. Dans les trois cas, la nation dominante déclare que "La Tchétchénie c'est la Russie", "Le Kosovo c'est la Serbie", "Le Tibet c'est la Chine", sans plus de justification que le slogan "L'Algérie c'est la France".

La Tchétchénie a été conquise de haute lutte par la Russie au XIXe siècle, et sa population déportée par Staline après la seconde guerre mondiale. Le Kosovo, après avoir connu successivement la domination des Bulgares, des empereurs byzantins, des Serbes puis des Ottomans, fut conquis par les Serbes, avec une brutalité extrême, en 1912, détaché de l'Albanie, devenue indépendante, par une négociation entre les grandes puissances et finalement incorporé dans le royaume yougoslave puis dans la Yougoslavie de Tito, avec un double statut d'autonomie à l'intérieur de la Serbie et au niveau fédéral.

Le Tibet, héritier d'un empire considérable, a eu des liens religieux et parfois de protectorats anciens avec la Chine et a connu au cours des siècles maintes invasions, ponctuées de fuites et de retours des dalaï-lamas successifs, mais n'a été conquis et incorporé dans la Chine que par Mao Zedong en 1950. Il a connu une grande révolte populaire en 1959, réprimée de façon sanglante.

Dans les trois cas, les peuples dominants, Russes, Serbes, Chinois, nourrissent un grand mépris, confinant au racisme, pour la culture des peuples dominés. Dans les trois cas, la résistance de ceux-ci a à la fois un caractère de protestation contre les abus dont ils sont l'objet et, à partir d'un certain point, de révolte ou d'insurrection anticoloniale, nationale et identitaire. Mais dans les trois cas, cette révolte a d'abord été conduite par des leaders modérés, recherchant la négociation, comme Aslan Maskhadov en Tchétchénie, ou pacifistes et non-violents comme Ibrahim Rugova et le dalaï-lama. Ceux-ci, devant l'intransigeance qui leur est opposée, finissent par être contestés ou dépassés par des partisans de la lutte armée (les islamistes en Tchétchénie, l'Armée de libération du Kosovo - UCK -, une nouvelle génération d'émigrés tibétains).

Là où les trois histoires commencent à diverger, c'est dans leur aboutissement provisoire. En Tchétchénie, les Russes ont probablement gagné, une fois de plus, pour une génération, en détruisant le pays, en provoquant un nombre considérable de morts et de réfugiés, et en donnant le pouvoir à un transfuge de la résistance, corrompu, assassin et tortionnaire, Ramzan Kadyrov, qui, cependant, a reconstruit la capitale d'une manière spectaculaire et semble, tout en faisant allégeance avec effusion à Vladimir Poutine, être de plus en plus le maître de son pays. Au Kosovo, contrairement aux prévisions pessimistes ou malveillantes, ce n'est pas l'UCK qui a pris le pouvoir après la libération (qui n'aurait pas eu lieu sans son action conjuguée avec celle de l'OTAN) mais Ibrahim Rugova et son parti, gagnants d'élections libres.

Si, dix ans après, c'est Hashim Thaci, ex-leader de l'UCK, qui devient premier ministre, c'est par la voie parlementaire, au sortir d'autres élections libres. Comme les gouvernements précédents, il reste encadré et surveillé par la présence de l'ONU, puis de l'Union européenne. Au Tibet, l'intérêt de la Chine serait de reprendre les négociations avec le dalaï-lama, seule autorité reconnue par les Tibétains, et dont les revendications se limitent à l'autonomie au sein de la Chine et à la protection de la population et de la religion tibétaines. Mais tout porte à croire que Pékin choisira la voie de la répression centralisée et de l'assimilation forcée, qui entraînera d'autres révoltes et d'autres répressions, jusqu'au moment où la religion et la culture tibétaines seront submergées, et les Tibétains eux-mêmes deviendront une minorité silencieuse dans leur propre pays.

Qu'est-ce qui a permis aux Kosovars d'échapper à ce sort ? C'est avant tout, bien évidemment, le rôle de l'OTAN, de l'ONU et de l'Union européenne. Mais celui-ci n'a été possible que grâce à deux considérations décisives, l'une sur le plan du diagnostic et des principes, l'autre sur celui du rapport des forces. Le mariage des Serbes et des Albanais a toujours été un mariage forcé. Deux séries d'événements ont rendu le divorce inévitable : d'une part la suppression de l'autonomie par Milosevic, les dix ans de répression et d'exclusion qui ont suivi, enfin l'expulsion de la majorité de la population et les massacres qui ont accompagné la guerre et d'autre part, la désintégration de la Yougoslavie, avec le départ de toutes les républiques non serbes, de la Slovénie au Monténégro.

Il était inconcevable et immoral d'envisager que les Kosovars, le peuple le plus méprisé et le plus persécuté par les Serbes, restent seuls en tête-à-tête avec ceux-ci et sous leur autorité. Mais il était tout aussi inconcevable et immoral de laisser cette séparation s'opérer sans assurer la protection du Kosovo par rapport à la Serbie et celle de la minorité serbe du Kosovo par rapport à la majorité albanaise, et sans offrir aux uns et aux autres un cadre et une perspective de coopération organisée. D'où l'idée de cette indépendance conditionnelle, surveillée et encadrée par la présence d'abord de l'ONU, ensuite de l'Union européenne. Cette décision, prise après des années de négociation, visant avant tout à assurer l'autonomie de la minorité serbe et de ses liens avec Belgrade, mais accueillie avec tant de méfiance et de préjugés un peu partout, pour les raisons les plus contradictoires, était, malgré toutes ses limites et tous ses risques, la seule réaliste et honorable.

Pourquoi, alors ce qui vaut pour le Kosovo ne vaut-il pas pour la Tchétchénie et le Tibet ? D'abord, certes, parce que le Kosovo et la Serbie sont en Europe et que l'UE, affectée par leur conflit, peut aussi leur permettre de se retrouver un jour dans le cadre d'une intégration commune à un ensemble plus large. Mais surtout parce que la Serbie, pays certes central et crucial des Balkans, que personne, en Europe, n'a intérêt à isoler, n'est tout de même pas la Russie ou la Chine.

Celles-ci sont des puissances en ascension, du moins provisoire, qui jouent un rôle central dans le nouveau monde multipolaire. Elles illustrent l'une et l'autre ce trait paradoxal mais fondamental du monde actuel : par rapport à l'Occident, elles sont à la fois des partenaires irremplaçables, des concurrents redoutables et des adversaires inévitables - précisément en ce qui concerne les droits de l'homme. Même un Occident plus ferme, plus uni, plus disposé à sacrifier ses intérêts immédiats ne pourrait rien leur imposer directement par le chantage ou par la force.

Il reste cependant une carte permettant d'influencer leur comportement. Plus peut-être que la Serbie, la Russie et la Chine savent qu'elles perdraient énormément à s'isoler ou à se refermer. Elles proclament, pas tout à fait à tort, que nous avons plus besoin d'elles qu'elles de nous, mais elles savent qu'elles ont intérêt à laisser leurs élites voyager, leurs entreprises investir à l'extérieur et les firmes étrangères investir chez elles. Elles souhaitent participer aux organisations multilatérales comme l'OMC, le Conseil de l'Europe ou le G8, ou aux différents groupes de contact et à des manifestations spectaculaires et symboliques comme les Jeux olympiques, dont elles espèrent tirer gloire et profit.

L'Occident ne peut ni ne doit les en exclure, mais il a le droit et le devoir de leur rappeler directement et de leur faire sentir indirectement que cette ouverture multilatérale n'est possible qu'en obéissant à des règles dont les premières sont la transparence et la réciprocité. Les opinions publiques des pays démocratiques et certaines de leurs forces économiques et politiques ne sont que trop méfiantes envers les pratiques et les produits des Russes et des Chinois. La révolution des communications ne permet plus à personne de garder le secret ni sur ses actions contraires aux droits de l'homme, ni sur les réactions qu'elles suscitent et les dommages qu'elles entraînent en termes de confiance et de prestige, mais aussi, par voie de conséquence, en termes de progrès économique, technique et culturel. A l'heure des Jeux olympiques, il importe de leur faire mesurer la portée du vieux proverbe breton : "On ne grimpe pas au mât de cocagne quand on n'a pas un vêtement complet."

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