sábado, 12 de abril de 2008

Columna en "Le Monde" de Jean-Pierre Stroobants: Le modèle néerlandais et le populisme

Leyendo el diario "Le Monde" me encontré con este artículo de Jean-Pierre Stroobants que muestra, esta vez en Países Bajos que el problema de integración, inmigración y islamismo no puede ser mirado con desdén. Así mismo el autor reseña un libro que hace unas semanas se encuentra en los estantes de las librerias acá en Francia escrito por el profesor Gilles Kepel que se intitula "Terreur et martyre (Flammarion), 2008 y que conociendo sus textos precedentes debe tenerse en cuenta.

Los dejo con Stroobants:

"Le gouvernement néerlandais respire. En usant d'une vaste batterie d'explications et d'une intense activité diplomatique, en songeant aussi à sacrifier le principe de la liberté d'expression sur l'autel des intérêts vitaux de la nation, il est parvenu à circonscrire le feu allumé par le député populiste Geert Wilders. Fitna, le film censé prouver le caractère terroriste et "fasciste" du Coran, a connu un vaste succès d'audience sur Internet, mais il n'a pas entraîné la réédition de l'épisode des caricatures danoises du Prophète. Quant à M. Wilders - dont le Parti pour la liberté, PVV, possède 9 sièges sur 150 à la Seconde Chambre -, il s'est assuré une notoriété mondiale mais ne sera plus, demain, qu'un trublion néerlandais, trop vite rangé dans la catégorie des leaders européens d'extrême droite.

Le propos caricatural de M. Wilders - "des musulmans commettent des attentats terroristes et lisent le Coran, donc tous les musulmans sont des terroristes en puissance" - dépasse en intensité celui de Pim Fortuyn, leader populiste assassiné en 2002. Il a fait franchir un nouveau cap à la société néerlandaise, mais s'inscrit cependant dans le droit-fil de ce qu'avait esquissé le tribun de Rotterdam. Aujourd'hui, la liste Pim Fortuyn a été rayée du paysage, mais la dénonciation de l'immigration abusive et de son corollaire supposé, la progression de l'islamisme radical, s'est généralisée. Quant au désir de briser le vieux système des partis et des "piliers", il reste profond dans un pays où tout gouvernement semble désormais réduit à l'impopularité.

C'est tout cela qu'ont compris Geert Wilders et son PVV, une formation partagée entre un virulent programme antimusulmans et un libéralisme "libertarien" qui plaide, en vrac, pour moins d'impôts, moins d'allocations sociales et moins de règles et de contrôles.

C'est aussi cet héritage de Pim Fortuyn qu'entend récupérer, à son profit, l'ancienne ministre Rita Verdonk, elle aussi dissidente du Parti libéral. Désormais à la tête du parti Trots op Nederland (Fier des Pays-Bas), crédité de 15 % à 20 %, l'ex-ministre de l'intégration insiste sur "l'identité néerlandaise", notion longtemps absente du débat public. Mme Verdonk plaide également, dans la ligne de l'action ministérielle qu'elle a conduite, jusqu'en 2006, pour l'intransigeance en matière d'immigration, d'asile et de délinquance. Elle affirme qu'il ne saurait être question, pour les nationaux, de se "soumettre" aux normes et valeurs des "allochtones". Comprenez aux "règles de l'islam et de la charia", notions devenues fantasmatiques dans un pays où se télescopent les appels à la "fermeté" des politiques et les incantations de représentants du courant islamiste radical.

Ces derniers ont longtemps pu agir à leur guise. Parce que les pouvoirs publics, aveugles, pensaient qu'ils pouvaient oeuvrer à la constitution d'un "pilier islamique" au sein de la future société multiculturelle néerlandaise. Cette dernière ne possédait ni tradition d'intégration des étrangers, comme en France, "ni héritage colonial ayant construit une forme d'acculturation avec la métropole, comme au Royaume-Uni", souligne Gilles Kepel dans Terreur et martyre (Flammarion, 366 p., 22,50 €). Dans cet ouvrage sur les suites des attentats de 2001, notamment en Europe, l'auteur résume ce qui fut proposé aux musulmans des Pays-Bas : l'extension du bénéfice (ou de la malédiction) du cloisonnement hérité de la "polarisation" confessionnelle d'antan, avec l'existence de courants catholique, protestant et juif structurés. Les musulmans étaient "invités à épanouir leur différence, subventionnés pour édifier mosquées et écoles coraniques", souligne Gilles Kepel.

Le "pilier implicite" musulman devait, poursuit l'auteur, permettre, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, "l'élévation sociale des fidèles grâce aux bonnes moeurs et à l'éducation dispensés par la mosquée". Dans ce cadre, imams et présidents d'associations, aux relations parfois floues, devenaient les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics et étaient investis d'une mission de "contrôle social". La logique politique à l'oeuvre était celle d'une douteuse intégration par le biais du communautarisme, à savoir la coexistence séparée des groupes dans une indifférence mutuelle.

"ARRIÉRÉ ET TERRORISTE"

Tant les attentats de 2001 que la dénonciation bruyante de Pim Fortuyn et de ses succédanés ont fait voler en éclats ce prétendu modèle, sans évoquer l'apparition d'un terrorisme "intérieur" qui allait causer la mort du cinéaste Theo Van Gogh, en 2004. Il suffisait, il est vrai, d'aligner les chiffres comparés de la population carcérale, de la réussite scolaire ou du taux de chômage pour s'apercevoir que la recette néerlandaise, sans être aussi catastrophique que ne le pensent les Néerlandais eux-mêmes, nécessitait au moins de sérieuses adaptations. Fortuyn a coupé court à toute discussion en résumant le problème à une surabondance d'immigrés ("Les Pays-Bas sont pleins") et au caractère "arriéré" de la religion musulmane. "Arriéré et menaçant pour les valeurs néerlandaises", a enchaîné Mme Verdonk. "Arriéré et terroriste", a surajouté M. Wilders.

Au passage, et de manière involontaire, Ayaan Hirsi Ali a, elle aussi, favorisé cette polarisation. Se réclamant de l'héritage des Lumières, cette réfugiée somalienne devenue députée soulignait, à partir de sa douloureuse expérience personnelle, l'incompatibilité fondamentale, selon elle, entre la religion islamique et une culture néerlandaise qui avait entraîné la légalisation de l'euthanasie, des drogues douces, de l'homosexualité ou de la prostitution. Exilée à Washington, la jeune femme a laissé son pays d'adoption à son désarroi. Il est désormais tenté de s'en remettre à des musulmans qui suggèrent d'en revenir à la constitution du "pilier musulman" au sein duquel on tolérerait un "droit islamique des minorités", comme l'appelle Gilles Kepel, dans le cadre d'une communauté musulmane ni djihadiste ni laïque, mais soumise aux injonctions du dogme.

S'ils suivent cette voie, les Néerlandais échapperont à l'indispensable débat prôné par le sociologue Paul Scheffer, auteur en 2000 du Drame multiculturel, un livre-clé dans l'histoire récente du pays. "Nous ne pouvons continuer à nous fuir et, pour cela, nous devons débattre de l'intégration de ceux qui vivent et travaillent ici", explique M. Scheffer. Entre les plaidoyers pour l'inclusion et leur désir d'exclusion, les Néerlandais devront faire un choix. Il ne sera pas sans conséquence pour l'Europe".

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